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Mai 312014
 

Nous vous proposons ici un article d’Olivier De Schutter (une version complète d’un article paru dans le journal Le Monde).

Olivier De SchutterHannah Arendt disait de la révolution française qu’elle tenait plus du coup d’Etat que de la révolution.  Le pouvoir était passé du Roi au Peuple: il avait changé de mains. Mais il avait gardé la même forme: le pouvoir révolutionnaire demeurait concentré, « condensé » en un lieu unique, bref, il avait conservé la grammaire de l’Ancien Régime. Ne serait-il pas possible, se demandait Arendt, d’imaginer un pouvoir véritablement décentralisé, entre les mains de la société, reposant sur l’inventivité qui vient d’en bas?

Un même manque d’imagination paralyse le débat sur l’Union européenne.

Ses partisans n’imaginent pas pour elle d’autre avenir que celui de devenir un Etat fédéral. Et c’est justement cette mutation, sous la forme d’une étatisation, que ses détracteurs disent redouter. Qu’ils soient souverainistes de droite ou de gauche, ou qu’ils anticipent une grande zone de libre-échange plutôt qu’une intégration positive plus poussée, ils disent, unanimes sur ce point, craindre cette même métamorphose de l’Union européenne: leur tactique est d’agiter le chiffon rouge de la transformation de cette organisation supranationale de vingt-huit Etats membres en un super-Etat fédéral. Or, qu’on l’appelle de ses voeux ou qu’on le redoute, ce scénario n’est plus aujourd’hui le plus plausible. Et il n’est pas le seul que l’on puisse promouvoir. L’Union européenne peut se transformer en autre chose qu’en un nouveau centre. Elle peut avoir d’autres ambitions que de rendre uniforme et homogène l’espace des vingt-huit. Elle peut se saisir de la diversité en son sein comme d’un atout, plutôt que de la redouter comme un handicap.

Olivier De Schutter, professeur à l’Université catholique de Louvain, est le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation. Il a réunit une conférence à Bruxelles, les 8 et 9 mai 2014, où la contribution de l’Union européenne à la transition écologique et sociale a été débattue.

De nombreux mouvements sociaux et une société civile de plus en plus mobilisée attendent de l’Europe autre chose.

Indignados, « Occupy », transitionistes, ils inventent des nouvelles manières de protester et des nouvelles manières de pratiquer la politique. Non pas simplement en manifestant, en pétionnant ou en votant; mais en réinventant des manières de se déplacer, de consommer, de travailler ou de s’alimenter. La transition sociale et écologique, ils ne se contentent pas de l’appeler de leurs voeux, en comparant les programmes des partis: ils la font. Ils misent moins sur les innovations technologiques que sur les innovations sociales. Ils investissent moins d’énergie à chercher à influencer le contenu des réglementations, qu’à initier des nouvelles pratiques, qui peuvent transformer les normes sociales. De nombreuses municipalités s’inscrivent dans ce mouvement, en encourageant des partenariats entre citoyens, entreprises, et autorités publiques, afin d’ouvrir les voies de la transition. La ville de Totnes, en Angleterre, a lancé en 2006 le mouvement des « villes en transition », qui a fait largement école depuis. En Irlande, le bourg de Cloughjordan s’est défini comme « éco-village » depuis 1999 et soutient ses habitants dans leur volonté de développer des modes de vie à faible impact écologique, par exemple par des logements conçus pour un meilleur rendement énergétique ou par le développement de chaînes alimentaires courtes. Copenhague, Fribourg, et beaucoup d’autres villes à travers l’Union européenne, ont adopté des plans de développement durable et redessinent les systèmes de transport, les circuits alimentaires, ou le traitement des déchets, afin de réduire leur empreinte écologique. Un rapport publié en 2013 par l’Association européenne pour l’information sur le développement local (AEIDL) recense 2000 initiatives de cette sorte à travers treize Etats membres de l’Union européenne; un « Cadre de référence pour les villes durables » (Reference Framework for Sustainable Cities – RFSC) intègre plus de soixante villes à travers 23 Etats membres de l’Union européenne, qui ont en commun de vouloir appuyer cette transition.

Olivier_SchutterEn même temps qu’elles inventent des modes de vie durables, ces initiatives appellent aussi à une nouvelle grammaire du pouvoir.

L’Union européenne peut s’y inscrire. Cela signifie d’abord réinterroger son approche macro-économique, toute entière focalisée aujourd’hui sur le contrôle des déficits publics afin, à terme, de favoriser une croissance mesurée en augmentation du PIB. On a suffisamment dénoncé que la généralisation des politiques d’austérité étaient un obstacle à la croissance même que l’on prétend rechercher. On a peut-être insuffisamment souligné que la recherche de modes de vie durables passe par la définition d’autres indicateurs de prospérité, et que la transition écologique appelle des investissements massifs, notamment en soutien d’initiatives locales, qui ne peuvent pas être assimilées à des « dépenses » dans l’évaluation des budgets publics. Le grand combat d’aujourd’hui oppose les partisans de l’orthodoxie budgétaire aux dénonciateurs de l’austérité. Mais ces deux camps ont en commun une même illusion: confondant bien-être matériel et bonheur, ils oublient que notre modèle actuel de la croissance infinie est, du point de vue de la pression sur les ressources comme du point de vue de la capacité de la planète à absorber les déchets, dans une impasse.
Cela signifie ensuite faire de la lutte contre les inégalités une priorité. Les sociétés plus inégales sont moins bien outillées pour opérer la transition écologique. Plus les écarts de revenus sont grands, plus chacun veut s’élever au rang de celui qui le précède en consommant comme lui – et si possible, en le faisant voir. Cette course de rats est infinie: si la richesse moyenne s’accroît sans que les écarts diminuent, l’augmentation du confort matériel de chacun laisse subsister la frustration de n’être pas placé au-dessus de ceux par rapport auxquels on se mesure. Sans réduction des inégalités, la
croissance est un jeu à somme nulle: de même que la congestion des routes liée à l’augmentation du nombre de voitures en circulation annulle tout le bénéfice que chacun peut tirer de la possession d’une voiture individuelle, de même l’augmentation de la consommation de tous ne contribue à la
satisfaction de personne, tant que chacun mesure sa « satisfaction » par rapport au fait de pouvoir s’élever au-dessus de son voisin.
Cela signifie, enfin, promouvoir véritablement la transition par le bas. L’Union européenne peut faire de la diversité un atout, si cette diversité permet d’accélérer l’apprentissage collectif par la mise en réseau d’initiatives locales de transition. Elle peut encourager des structures de gouvernance
participatives, qui multiplient les possibilités pour les citoyens, dans les écoles, dans les entreprises, comme producteurs et consommateurs, d’aller vers des modes de vie plus durables. Elle peut soutenir ces initiatives en favorisant le partage d’expériences, et le dialogue entre gouvernements sur la manière dont ces initiatives fraient le chemin de la transition. Elle peut inciter les Etats membres à consacrer une partie de leurs budgets à favoriser les expérimentations locales. Elle peut encourager une approche territoriale et inter-sectorielle de la transition, dans laquelle les politiques de mobilité, d’emploi, d’éducation, de logement et d’aménagement du territoire sont coordonnées en vue de faire émerger des innovations pour aller vers des nouveux modèles économiques, fondés sur l’économie circulaire, l’économie de la fonctionnalité ou l’économie du partage.

Il faut plus d’Europe, bien sûr, afin que nos sociétés puissent se transformer véritablement. Mais plus d’Europe ne signifie pas moins d’inventivité au plan local.

Dans des domaines comme la fiscalité, des normes de pollution, ou la définition d’un salaire minimum indexé sur le coût de la vie, il faut aller vers une harmonisation à l’échelle européenne. Mais dans l’organisation de la transition écologique, la décentralisation et l’expérimentation locale, pourvu qu’on sache en organiser la diffusion de proche en proche, peut aussi constituer une voie pour l’Europe. Car la transition à effectuer est complexe, et les chocs à venir largement imprévisibles: c’est donc de notre capacité à apprendre, et de la diversité des solutions que nous aurons testées, que dépendra sa réussite. Une autre Europe se prépare. C’est une Europe décentrée, qui apprend, et qui cultive la sociodiversité comme un atout. L’Europe révolutionnaire, dirait Arendt.

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